Le 24 février 2019

Pourquoi passer le flambeau au dernier kilomètre ?

Dans les compétitions sportives d’endurance, tout se joue à la fin de la course. C’est là qu’attendent les spectateurs les plus euphoriques, qui accompagnent les coureurs dans l’ultime effort. Étape dans l’étape, le dernier kilomètre est si important que le Tour de France l’a marqué d’un drapeau, la Flamme rouge.

Certains sportifs diront que le dernier kilomètre est le plus beau moment d’une course. S’y mêlent tactique et impulsivité, fatigue et adrénaline.

Gageons que ce n’est pas vraiment l’avis des entreprises de e-commerce. Dans le dernier kilomètre d’une livraison, se concentrent tous les défis, financiers et environnementaux, logistiques et concurrentiels. Comme au marathon, le sprint final du colis est un moment-clé de la course, un maillon singulier de la supply chain. Pas étonnant, dès lors, qu’il ait fallu lui trouver un nom qui le singulariser plus encore. Ce nom, emprunté à l’univers sportif, rend compte des enjeux concurrentiels, de l’idée de vitesse, d’effort, de stratégie. À la différence qu’en matière de logistique, pour gagner, les grands acteurs ont considéré qu’il fallait mieux laisser la fin de la course à d’autres…

La problématique est née avec l’explosion de l’e-commerce. En 2017, ce sont 505 millions de colis qui ont circulé sur les routes françaises (chiffres de la FEVAD). 90% l’ont été par des véhicules de colis à moins de 160km. Pour le vendeur, le prix augmente à mesure que le colis se rapproche de sa destination : en sortant du transport de masse, adieu les économies d’échelle ! Beaucoup de risques à la clé : si l’adresse est imprécise, la marge tombe à l’eau avec le taux de retour. Comment faire? 

Et la stratégie, la voici : au dernier kilomètre, troquer le marathon contre la course de relais !

On passe le relais au client, qui paie le prestataire dédié à ce tronçon du trajet ou se déplace lui-même en point-retrait. Bref, le client fait le dernier kilomètre qui devient alors un des paramètres déterminant le coût du produit pour l’acheteur. Choisira t-il l’option économique, qui lui demande de fournir l’effort final, ou s’offrira t-il le premium, qui apporte le colis jusqu’à la ligne d’arrivée ?

Ainsi reconsidéré, le « dernier kilomètre » est devenu un marché pour de nouvelles entreprises, qui combinent innovation et transport doux. Un marché encore jeune mais en plein essor, comme l’illustrent les attentes environnementales des grands appels à projet en Métropole.

On n’a pas fini d’entendre parler du dernier kilomètre. De notre société, il raconte la course contre le temps.