Le 23 mars 2020

Fab-lab : un lieu de travail en mieux?

Que signifient donc tous ces Fab et tous ces Lab qui émergent au cœur des villes? En quelques années, ces deux mots ont séduit de plus en plus de nouveaux créateurs d’espaces, promoteurs ou architectes.

Bien nommer un lieu ou un concept est essentiel. La réflexion prend place dans les stratégies de marque et de communication, que les acteurs soient privés ou publics. 

Agnès B a créé la Fab, la Fondation Agnès B pour l’art contemporain, dans le 13e arrondissement. Dans ce quartier, depuis quelques années, le street art a partie liée avec la topographie. Subtilement, l’apocope est ici également acronyme (A et B pour Agnès B). L’effet souligne ainsi l’hybridité du lieu, galerie d’art, « fabrique culturelle et solidaire » et boutique. Dans le 5e arrondissement, le Philanthro-Lab ouvrira fin 2020. S’y retrouveront mécènes et associations pour expérimenter de nouvelles façons d’exercer la philanthropie. 

Les mots ont leur part d’idéal voire d’utopie. Devenant « Lab », le laboratoire porte un imaginaire de l’expérimentation sans a priori. 

Historiquement, le lieu était plutôt celui d’une élite, un lieu secret de connaissances. Là, par l’effet de l’apocope, il se popularise. En contrepartie, du monde savant il se déplace vers le monde du laborieux. Il demeure un lieu de mélanges et d’assemblages de toutes sortes. 

En s’appuyant sur un lexique ancien (la fabrique, autrement dit de l’artisanat à une échelle manufacturée), les Fab racontent la création et l’industrie 4.0. 

Le mot évoque la créativité, l’innovation et le partage, un gage de qualité aussi (on parlera de marque de fabrique). L’apocope permet le mystère, derrière le ou la fab, le fabuleux. 

Sur le fond, il faut mettre cette tendance en regard de l’engouement nouveau pour l’apprentissage. Il donne un espoir d’épanouissement personnel à des générations en quête de sens. Il s’incarne dans l’émergence de nouveaux écosystèmes de parties prenantes au cœur des villes. Ainsi au XIXe siècle, les philanthropes, ardents défenseurs d’une instruction industrielle et d’une société plus égalitaire par l’éducation, contribuèrent notamment à la création des écoles des arts et métiers ou des associations d’enseignements polytechniques. 

D’une certaine manière, ces nouveaux lieux incubateurs procèdent du même mouvement. Ainsi nommés, ils évoquent la vie sociale et animée d’un Paris industrieux. Un Paris fait d’ateliers et de petites industries, un Paris populaire où chacun peut avoir sa chance.