Le 13 novembre 2019

Quelle est la vraie nature d’un écosystème?

Qui n’a jamais entendu parler d’un “écosystème d’entreprises particulièrement dynamique” ? Ou encore de « start-up travaillant au sein d’un écosystème innovant” ? La familiarité de ces formules montre qu’un glissement s’est opéré dans l’emploi de ce mot. Pour les entreprises, l’écosystème est souvent à l’externe ce que les organisations en “mode-projet” ou en “cellulaire” sont en interne. Un glissement qui, loin d’être anodin, révèle en fait de nouvelles façons de réorganiser les modes d’organisation et les relations entre les acteurs. On y associe souvent les termes d’entreprise libérée, de création de valeur ou de gagnant-gagnant. Bref, uniquement du positif.

À strictement parler, un écosystème est un ensemble d’êtres vivants habitant un milieu précis et interagissant avec lui. À l’origine, le mot désigne principalement des milieux naturels ; on parlera par exemple d’écosystème marin ou forestier.

Ancré dans la biologie et par extension dans l’écologie, ce terme a été popularisé notamment grâce aux associations de préservation de l’environnement. 

Appartenant désormais au vocabulaire courant, “écosystème” a progressivement acquis un sens plus large. Il désigne un groupement, volontaire ou non, d’entreprises ou d’acteurs, ou des réseaux. L’économie a emprunté d’autres mots au vocabulaire de la biologie : on parle de “pépinière d’entreprise”, “d’incubateur”, de croissance “organique”, ou même de “jeune pousse”.

Implicitement ce terme renvoie aux notions d’équilibre et d’harmonie entre les différentes composantes du milieu.

Si ces métaphores sont parlantes, elles sont en soi des outils de stratégie et communication performants. De la nature, seuls les bons côtés sont valorisés. En effet, un discours qui associe l’économie à un lexique issu de l’univers biologique, contribue à faire passer les organisations et décisions économiques pour quelque chose de naturel, et non plus pour des activités humaines faites d’actions, de volontés, ou tributaires de structures sociales ou institutionnelles. Le mot écosystème revêt même souvent une connotation égalitaire qu’il n’a pas au naturel.

La nature n’est pas naturellement bonne… Aussi naturel qu’il paraisse être, tout écosystème est régi par des rapports de forces.

Dans un écosystème chaque élément dépend d’un autre, voire aussi s’en nourrit. Chacun a son prédateur. Ces inégalités peuvent être jugées comme des inégalités nécessaires, tout cela n’est qu’une question de point de vue. Mais un écosystème n’est rien moins que cela. D’où la nécessité de se poser la question : quelle est la vraie nature de tous ces écosystèmes émergents?