Le 17 mars 2019

La vidéo-protection est-elle l’expression d’une raison sociale?

Il est de plus en plus fréquent que les petites plaques informant de la présence de caméras dans un lieu public portent la mention « vidéo-protection » en lieu de  « vidéosurveillance ». La substitution interpelle. Non pas tant par ce qu’elle est un exemple de ce que certains qualifient (trop) vite de ‘novlangue’ totalitaire, mais parce que le mécanisme qui explique la promptitude à accepter ce changement est révélateur d’un besoin d’être rassuré. 

Car l’idée de surveillance est inévitablement connotée par l’idée de contrôle. La surveillance n’est pas rassurante. Elle est liée à la sécurisation. Elle semble impliquer immédiatement le soupçon, voire la répression policière. Associé à ‘vidéo’, ce sont des images orwelliennes de dystopies futuristes qui surgissent.

‘Protection’ est un mot exempt de connotations négatives. Il met l’accent sur l’existence d’un danger contre lequel il faut se défendre plutôt que sur les moyens utilisés pour y parvenir. Avec ‘protection’, la menace est avérée et la défense légitime. 

‘Vidéosurveillance’ et ‘vidéo-protection’ désignent le même signifié : un réseau d’appareils électroniques qui observe une zone. En dépit de leurs connotations différentes, il est impossible de déterminer si l’un décrit mieux le signifié que l’autre.

Il faut donc faire un choix, forcément biaisé. Que la balance penche bien souvent en faveur de l’option la plus rassurante n’est pas surprenant dans un contexte où le sentiment d’insécurité, entretenu en partie par les réseaux sociaux, est de plus en plus fort. Le désir de protection semble légitime, et ‘vidéo-protection’ ne vient pas dissimuler la réalité mais agit au contraire comme le révélateur d’un contexte plus vaste où ce désir est prévalent. Le choix de ce mot ne peut-être compris sans prendre en compte l’insécurité ambiante. 

Ce que les critiques d’une ‘novlangue’ qui masquerait le réel manquent de voir c’est que remplacer artificiellement un mot par un autre ne fonctionne que si ce remplacement a du sens pour la population qui l’utilise. On s’est beaucoup moqué des tendances à euphémiser certains termes. Cela aboutissait à de longues périphrases comme ‘personne de petite taille’ à la place de ‘nain’. L’usage ne s’est jamais popularisé. 

Ce sont les locuteurs qui font la langue. Quand un mot se répand, c’est qu’il dit quelque chose de la population qui l’utilise. 

‘Vidéo-protection’ ne viendrait donc pas dissimuler la réalité, mais au contraire répondre à un besoin bien réel d’être rassuré.