Le 5 mars 2019

La food est-elle meilleure que la nourriture?

Nos voisins d’Outre-Manche sont loin d’être réputés pour leur gastronomie, pourtant les néologismes culinaires viennent presque tous de l’anglais. Des termes comme street-food, food-tech, ou food porn envahissent le langage, comme si, en anglais, manger était soudainement devenu moderne. 

L’anglicisme food ne vient pas se substituer à « nourriture », dont il est pourtant la traduction littérale. Pas plus qu’à « alimentaire », ou à « restauration ».

Il désigne un certain nombre de tendances ou de nouvelles pratiques. Par exemple le foodporn, un hashtag populaire sur les réseaux sociaux, souvent accolé à des photos alléchantes de plats bien présentés. La street-food en est un autre exemple : il s’agit de la nourriture vendue dans les stands ou les camions qui envahissant l’espace urbain et proposent des plats rapides à préparer que l’on peut manger sur le pouce.

Ainsi, travailler « dans la food » ne signifie pas simplement être restaurateur, ou chef. Cela implique que l’on a appuyé cette activité sur un concept bien déterminé, qui se veut novateur.

Food n’est donc pas un terme univoque qui désignerai des pratiques bien définies. Il s’agit plutôt d’une façon d’impliquer, par l’usage de l’anglais, que la pratique désignée est moderne. Utiliser la langue de Shakespeare pour donner une impression de nouveauté est un phénomène courant au-delà du seul secteur de l’alimentation. Les nouvelles technologies sont particulièrement férues de ce procédé, et des expressions comme liker ou disrupter sont désormais courantes.

Emprunter des noms désignant des innovations technologiques récentes n’ayant pas d’équivalent en français se comprend. Ce n’est cependant pas le cas pour food un mot qui a lui, un équivalent strict. C’est précisément parce qu’on emploi souvent l’anglais pour désigner des innovations technologiques qu’il est associé avec la modernité. En cela, food hérite de cette association en ayant l’air bien plus in que ‘nourriture’. Dans un monde où la course à la nouveauté est reine, pas surprenant que l’on cherche à nous présenter le contenu de nos assiettes comme innovant

Notons tout de même que l’on observe Outre-Manche, le phénomène inverse : franciser un terme culinaire lui donne immédiatement un cachet d’excellence. À tel point qu’une chaîne de sandwichs a été baptisée « Prêt-à-manger », espérant sans doute ainsi gagner en prestige.